Entretien avec Nadège Lefebvre, Présidente du Conseil départemental de l'Oise

Entretien avec Nadège Lefebvre, Présidente du Conseil départemental de l'Oise
UN PLAN D’URGENCE DÉPARTEMENTAL FACE A LA CRISE DU CORONAVIRUS 
L’épidémie de Coronavirus qui nous touche a des conséquences très lourdes pour l’ensemble des habitants de notre département. Les répercussions sociales et économiques sont sans précédent.
Des mesures exceptionnelles ont été prises immédiatement par le Conseil départemental pour faire face à cette crise. 

Nadège Lefebvre, Présidente du Conseil départemental, nous explique les grands axes du « Plan d’urgence départemental » qui mobilise toutes les compétences et services du Conseil départemental.

 

Dès le jeudi 9 avril 2020, retrouvez le détail du « Plan d’urgence départemental », les publics concernés et ses modalités d’application sur www.oise.fr.

 

 

Rédaction Oise.fr - Nous entrons dans la 7ème semaine de gestion de la crise liée au Coronavirus dans l’Oise, premier département touché par l’épidémie. Dès la fin du mois de février, vous avez donc fait le choix d’agir méthodiquement en priorisant l’intervention du Département sur des préoccupations très concrètes. Expliquez-nous votre action.

NADÈGE LEFEBVRE : Il fallait que nous soyons immédiatement aux côtés des professionnels qui sont en première ligne face à ce virus et qui œuvrent auprès des plus fragiles, en particulier les personnes âgées, premières victimes de cette épidémie.

 

Face à l’incapacité de l’Etat à faire face aux besoins en masques et équipements de protections par ces personnels, j’ai décidé d’en faire le premier axe de notre plan d’urgence. Cette pénurie est un véritable scandale à mes yeux.

 

J’ai donc demandé à ce que les 62 000 gants, 12 000 charlottes, 5 000 masques, 3 500 surblouses qui étaient dans nos structures soient donnés aux établissements hospitaliers du département. Nous assurons également l’accueil des enfants des personnels soignants et professions indispensables à la gestion de la crise dans des collèges du département.

 

Dans le même temps, afin de compléter les dotations de l’Etat des Services d’Aide et d’Accompagnement à Domicile (SAAD) et Etablissements d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) qui en avaient le plus besoin, et pour équiper nos foyers de l’enfance (Maisons d’Enfants à Caractère Sociale – MECS) et foyers de vie pour personnes handicapées, j’ai lancé un appel aux dons de masques et le Conseil départemental a passé plusieurs commandes. Grâce à la mobilisation des habitants, entreprises et élus, nous avons d’ores et déjà collecté plus de 25 000 masques.

 

Parallèlement, nous avons été livrés hier de l’une de nos commandes, dans un contexte d’approvisionnement extrêmement difficile. D’autres commandes sont encore en attente et je n’ai de cesse de dénoncer cette situation.

 

Nous intervenons ici pour pallier aux situations les plus urgentes et pour éviter que des personnels se trouvent sans protection entre deux dotations de l’Etat (Agence Régionale de Santé).

Rédaction Oise.fr - L’activité des entreprises est profondément affectée par la situation liée au Covid-19. Que dites-vous aux entrepreneurs, artisans et commerçants de l’Oise ?

NADÈGE LEFEBVRE : Si la compétence économique a été retirée aux départements par la loi, la solidarité est en revanche au cœur de nos missions. C’est donc par ce biais que, avec les élus de la majorité départementale, nous tenons à agir par une mesure très concrète.

« J’ai ainsi décidé de créer une aide exceptionnelle de 500€ pour les travailleurs non-salariés des petites entreprises dont l’activité a été suspendue par décision de l’Etat. Elle leur sera versée directement, sous condition de ressources. »

Ils sont en effet les seuls à être totalement privés de revenus à l’heure actuelle. D’autres dispositifs ayant été mis en place pour les autres catégories leur assurant un maintien partiel ou total de leurs ressources.

 

Il ne s’agit pas là d’un prêt mais d’un soutien direct pour les aider, personnellement, à faire face à cette crise. Ce sont principalement les services de proximité que nous tenons à défendre ici.

« Un formulaire de demande sera disponible en ligne dès jeudi 9 avril 2020 sur Oise.fr. »

Je tiens également à ce que nous agissions sur l’activité économique locale en étant plus que jamais présents aux côtés de nos partenaires, prestataires et acteurs associatifs. Nous poursuivons donc nos commandes de chantiers, notamment routiers et bâtimentaires, pour accompagner la reprise de l’activité dès que possible.

 

A titre d’exemple, ce sont près de 9 millions d’euros de crédits qui ont été votés lors de la commission permanente de fin mars qui s’est tenue en audioconférence. Nous délibérerons de nouveau sous le même format à la fin du mois d’avril.

 

L’aide aux communes, qui représente 50 millions d’euros de subventions du Conseil départemental aux investissements des communes de l’Oise, est ici également un levier très important pour l’emploi et l’économie locale.

Rédaction Oise.fr - Dès le début de cette crise, le Département a renforcé sa vigilance à l’égard des séniors. Quelles mesures avez-vous prises ?

NADÈGE LEFEBVRE : Dès que les personnes âgées ont été identifiées comme les plus vulnérables face à ce virus, j’ai demandé à ce que la plateforme téléphonique « Allo Oise seniors » soit renforcée pour répondre aux questions relatives aux séniors isolés et à leurs familles.

 

Protéger, renseigner et rassurer, tels sont les objectifs fixés à ce service joignable au 03 44 82 60 60.

 

Des dispositions spécifiques ont également été prises à destination des personnels des Services d’Aide et d’Accompagnement à Domicile (SAAD) et des EHPAD. Pour protéger les salariés et usagers nous complétons les dotations de masques fournies par l’Etat afin d’éviter toute rupture entre deux approvisionnements.

 

Parallèlement, je suis intervenue auprès de l’Etat pour demander à ce que les résidents et personnels travaillant dans les EHPAD puissent être testés sur le Covid-19. Cela permettra de prendre des mesures de protection ciblées rapidement.

 

En cette période de confinement, les contacts des séniors avec leurs proches sont par ailleurs réduits au strict minimum. Nous soutenons donc de nombreuses initiatives visant à lutter contre l’isolement et à favoriser les interactions.

 

Je pense par exemple à la mise à disposition d’audio livres par l’intermédiaire de notre médiathèque départementale ou encore à des activités intergénérationnelles entre résidents d’EHPAD et enfants de nos foyers de l’enfance (envoi de dessins, échanges de lettres, etc.).

 

Notre pôle solidarité accompli ici un travail décisif. Nos équipes sont en effet en lien permanent avec les SAAD et les EHPAD, ce qui nous permet d’ajuster nos actions.

Rédaction Oise.fr - La solidarité et la protection des plus fragiles sont au cœur des compétences du Conseil départemental. Comment intervenez-vous dans un tel contexte ?

NADÈGE LEFEBVRE : A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Nous avons donc décidé de renforcer nos mesures d’urgence et de doubler le budget alloué au fonds départemental de solidarité. Il passe ainsi de 500 000 à 1 million d’euros pour aider à titre exceptionnel les Oisiens en difficulté en raison de la crise.

 

Par ailleurs, lorsque les collèges de l’Oise ont été fermés par décision d’Etat, j’ai tenu à ce que les denrées alimentaires de nos cantines soient offertes aux associations caritatives.

 

Ce sont ainsi près de 7 tonnes de produits (fruits et légumes, viande, denrées sèches, etc.) qui ont pu être distribuées à nos partenaires apportant l’aide alimentaire aux plus démunis.

 

L’accompagnement des plus fragiles se poursuit par ailleurs bien entendu avec le maintien des droits et prestations de chacun.

 

En cette période de confinement, je suis également inquiète de l’augmentation des violences envers les enfants et des violences conjugales.

 

Les enfants sont ici particulièrement vulnérables et j’ai demandé à ce que nos services soient mobilisés sur ce sujet et mènent une veille active. Nous travaillons en étroite collaboration avec les forces de l’ordre et acteurs sanitaires et sociaux pour protéger et mettre à l’abri les enfants qui seraient en danger.

 

J’invite ainsi les victimes et témoins à contacter les différents numéros d’urgence (119 pour les enfants en danger et 3919 pour les violences conjugales). La mobilisation de tous est ici essentielle pour éviter de nombreux drames.

Rédaction Oise.fr - Avec les fermetures des structures d’accueil collectif des enfants (crèches, établissements scolaires, etc.), les assistant(e)s maternel(le)s remplissent une mission essentielle dans cette crise. Quel a été votre rôle dans la prise en compte de leur situation ?

NADÈGE LEFEBVRE : L’Oise a été le premier département concerné par les fermetures d’établissements scolaires et structures d’accueil collectif. J’ai alors eu le sentiment que les assistant(e)s maternel(le)s étaient les oublié(e)s des dispositifs mis en place par l’Etat.

 

Je n’ai eu de cesse de relayer leurs demandes afin que leurs attentes légitimes soient entendues.

 

J’ai donc saisi directement, très tôt, les services de l’Etat puis le Premier ministre sur toutes les problématiques que nous rencontrions. Cela a abouti, notamment, à l’obtention du droit au chômage partiel pour les assistant(e)s maternel(le)s, exerçant à domicile ou dans les Maisons d’assistant(e)s maternel(le)s (MAM).

 

Parallèlement, nous avons mis en place une plateforme téléphonique joignable au 03 44 06 66 26 ainsi qu’une Foire Aux Questions sur le site oise.fr pour répondre au mieux à leurs questions.  

 

Rédaction Oise.fr - Les établissements scolaires et équipements culturels du département étant fermés pour lutter contre la propagation du Coronavirus, comment le Conseil départemental peut-il soutenir la continuité pédagogique et culturelle sur son territoire ?

NADÈGE LEFEBVRE : La lutte contre les inégalités territoriales et sociales fait partie des missions que j’ai données à nos équipes. Les accès à l’enseignement et à la culture pour tous sont essentiels à mes yeux et doivent être des priorités dans le contexte que nous vivons.

« J’ai donc demandé à ce que nous prêtions en urgence du matériel informatique aux collégiens des familles non équipées et qui en ont besoin pour suivre les cours. Toutes les familles sans équipement qui ont formulé une demande ont ainsi été pourvues. »

J’ai également souhaité que certaines ressources culturelles et pédagogiques soient disponibles gratuitement en ligne. C’est notamment le cas de certains de nos contenus éducatifs de la médiathèque départementale ou encore de richesses du Musée Départementale de l’Oise.

Rédaction Oise.fr - Enfin, comment le Conseil départemental parvient-il à assurer la continuité des services publics dans ce contexte inédit ?

NADÈGE LEFEBVRE : Depuis le début de l'épidémie, nous prenons des mesures exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics.

 

Qu’ils soient en télétravail, d’astreinte, sur leur lieu de travail habituel ou sur le terrain, les agents du Département sont mobilisés pour répondre aux besoins de nos concitoyens.

 

Avec une organisation adaptée, la Protection Maternelle Infantile, nos Maisons de la Solidarité, la protection de l’Enfance et de la Famille ainsi que l’ensemble de nos structures sur le territoire, continuent à remplir leurs missions.

 

Cela, nous le devons à l’engagement des agents du Conseil départemental et du Centre Départemental de l’Enfance et de la Famille (CDEF) dont je tiens à saluer le dévouement et le sens du service public.