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Les champs de bataille : Front de guerre 14-18

Les amateurs d’histoire apprécieront

La Première Guerre mondiale occupe une place prépondérante dans l’histoire de l’Oise, département occupé de septembre 1914 à mars 1917, martyrisé peu avant sa première libération puis ravagé par les combats de 1918.

A la veille de la Grande Guerre, l’Oise vit une période de transition, aboutissement d’une industrialisation croissante et d’une urbanisation constante. La guerre accélèrera ce processus, modifiant en profondeur les données démographiques et économiques, et accentuant le passage d’une société aux activités traditionnelles à une société moderne où règneront l’électricité et l’automobile.

Des 263 communes touchées par le conflit, 163 seront déclarées sinistrées dont 102 entièrement détruites. Outre des dizaines de milliers d’hectares à reconstituer, ce sont près de 100 000 habitants à reloger, 20 000 maisons à reconstruire sans compter les écoles, mairies, usines, routes et ponts à rebâtir.

Entre 1911 et 1921, l’Oise perdra 5,6% de sa population, bilan d’une guerre meurtrière pour les civils et les militaires mais aussi destructrice pour certaines communes désertées.

L’Oise détruite dans son quart nord-est, aux monuments, stèles et plaques commémoratives multiples, aux champs de bataille parfois encore intacts, porte toujours le stigmate de la Première Guerre mondiale. Si le conflit est visible dans le paysage urbain et rural, il demeure présent dans la mémoire collective des familles de l’Oise.

La période 1914-1918 est d’autant plus déterminante pour l’Oise que celle-ci a tenu un rôle important dans l’histoire de la Grande Guerre. Situé aux portes de Paris, objectif premier de l’armée allemande, le département connaîtra bien des combats acharnés au début et à la fin du conflit. C’est sur ses terres que se dérouleront la première victoire de la Marne au départ de Nanteuil-le-Haudouin (6-12 septembre 1914), la course à la mer depuis le Noyonnais (15 septembre-15 octobre 1914) suivis de la guerre de position, mais aussi l’ultime offensive allemande (juin 1918) et l’Armistice en forêt de Compiègne (11 novembre 1918). Au cours de ces combats, sont morts sur le sol de l’Oise, des métropolitains et soldats des empires coloniaux de France, du Royaume-Uni et d’Allemagne reposant toutes confessions confondues dans de nombreux carrés et cimetières militaires.

Durant la Grande Guerre, Compiègne, Senlis et Chantilly étaient tour à tour sièges de l’Etat-Major des Armées françaises, tandis que la zone de front est l’objet d’une guerre totale où sont employées les armes les plus sophistiquées (les bombardements toxiques, l’aviation, les chars d’assaut, les mitrailleuses, les lance-flammes, etc.) et les méthodes répressives les plus condamnables (prises d’otages, exécutions arbitraires, évacuations massives de populations et déportations, etc.).

La défaite allemande sur la Marne, en septembre 1914, puis en 1917 et la libération du nord du département meurtri par trois années d’occupation, seront l’occasion de développer en France une guerre idéologique menée par des « écrivains patriotes ». Alors qu’en 1916, Georges Clemenceau secoue l’opinion publique par sa formule « Et pendant ce temps, les Allemands sont à Noyon. », les voyages officiels de 1917 dans les pays martyrs de l’Oise insuffleront l’espoir à la nation déprimée. Le symbole perdurera dans les combats de 1918 au cours desquels l’Oise sera le «cœur de la France » du général Humbert.

Le saviez-vous ?

Noyon fut élevé au rang de symbole national lors des menées politiques du journaliste et tribun Georges Clemenceau. Le 28 août 1915, le « tombeur de ministères » signa un article dans son journal « L’Homme enchaîné » qui fut supprimé « en violation de la loi, par la censure de MM. Viviani, Millerand, etc ». Indigné par cette mesure, le sénateur adressa à ses collègues parlementaires l’article en question au titre évocateur : « Les Allemands sont à Noyon ». Cette formule, reprise par neuf fois dans les colonnes du feuillet, revint comme un leitmotiv contre la politique du président du Conseil à l’égard de la chambre des députés, contre la substitution de commissions secrètes aux débats parlementaires et contre la censure.

Ainsi, dans « L’Homme Enchaîné » du 23 octobre 1916, il dénonça l’attentisme et la faiblesse des politiques : « Les Allemands sont à Noyon depuis deux années. Et nos hommes tombent sans autre plainte, sur le sol des ancêtres, que de ne pouvoir faire assez. Et nous politiquons. Misère de Misère ! Et nous faisons des ordres du jour pour répondre à l’appel du fer ! ». L’utilisation du nom de Noyon eut la portée médiatique escomptée et la formule fut reprise dans d’autres journaux et par la population. En 1917, dans une lettre à Madame Strauss, Marcel Proust reprit à son compte l’expression devenue commune : « Ce n’est pas facile d’avoir du bonheur ni même d’oser en souhaiter tant que les Allemands « sont à Noyon » et ailleurs ».

Les secrets cachés

Si le front de l’Oise est aujourd’hui difficilement décelable dans le paysage, les forêts et prairies comportent encore des stigmates de la guerre : des tranchées et boyaux se lisent encore, tandis que des fortins en briques et en béton marquent encore de leur présence les anciens sites stratégiques. Les villages du front, fortement atteints par les bombardements et les dévastations de l’opération Alberich, témoignent de l’ampleur des destructions par leur architecture typique de la reconstruction.

C’est sous terre que les vestiges de la Grande Guerre présentent la meilleure conservation. Durant la guerre de position, les troupes françaises et allemandes utilisèrent les carrières souterraines exploitées depuis le Moyen-âge pour cantonner les soldats à proximité du front. Ces derniers aménagèrent les lieux en salles spécialisées, construisant des murs et des cheminées, installant des réseaux électriques et téléphoniques, etc. Si du côté allemand les soldats sculptèrent des devises règlementaires en lettres gothiques (les Cinq Piliers, à Dreslincourt), du côté français les soldats laissèrent libre cours à leur imagination : inspiration militaire, religieuse ou païenne voire grivoise comme on peut encore le lire sur les  parois des carrières de la Maison du Garde à Tracy-le-Mont, de Montigny à Machemont.  Pour les visiter, adressez-vous aux associations Patrimoine de la Grande Guerre ou La Machemontoise, des guides emmèneront votre groupe à la découverte de ces traces rupestres de la Grande Guerre.